
S'il est né dans la médina de Tunis, Hassen Soufy a aussi une tendresse particulière pour Kélibia, sa mer limpide et ses paysages bucoliques. C'est d'ailleurs entre ces deux pôles, avec de fréquentes incursions en Europe, que cet artiste nourri de lumière, a vécu aux sources de la peinture.
Hassen Soufy a vu le jour en 1933 dans le dédale de la médina de Tunis dont il connaît par cœur les arcanes et a brillamment restitué la beauté plastique. Dans cette médina, il s'est inspiré à la fois des personnages et des monuments. Ancré dans le quotidien et toujours en quête de splendeur, il a maintes fois sillonné cette ville avec laquelle ses pinceaux dialoguaient.
Matrice de son œuvre, topos choisi, cette médina qu'il déclinait avec passion, l'avait lentement rapproché des ténors de l'École de Tunis qui, en 1967, l'accueilleront parmi eux, lui ouvrant ce sanctuaire des arts et l'insérant ainsi dans un sillage de grâce et la première initiative raisonnée d'une peinture authentique mais ouverte, tunisienne mais universelle. Dans la continuité de Boucherle, Gorgi et Yahia Turki, Hassen Soufy, alors dans la jeune maturité de la trentaine, ira en s'affirmant, construisant son monde propre dans une lumineuse succession de tableaux et une quête effrénée de la couleur.
Auparavant, Hassen Soufy avait négocié les étapes d'un parcours classique. Entre l'École des Beaux-arts de Tunis puis l'École supérieure des arts décoratifs de Paris, le jeune homme fera ses premières armes. Il abordera ensuite une carrière d'enseignant, son désir de peinture en bandoulière et sa connaissance de l'histoire des arts en partage. Fin pédagogue, Hassen Soufy le restera jusqu'à ses derniers jours, toujours disponible, souriant et accueillant. Avec sa touche d'humour proverbiale, il distillait la joie de vivre et la cueillette des jours heureux.
Des années durant, Hassen Soufy a beaucoup donné au cinéma. Décorateur recherché autant par les réalisateurs tunisiens qu'étrangers, il savait créer des effets de mise en abyme, meubler magistralement un espace, sublimer par des objets épars le jeu des comédiens et les lumières des plateaux. Cette dimension cinématographique l'accompagnera jusqu'au jour où il décidera qu'il était temps de ne se consacrer qu'à la peinture.
Entre abstraction et figuration, toujours en harmonie avec l'École de Tunis, Hassen Soufy a déployé son art et son œuvre sur plus d'un demi-siècle. Premier prix de peinture de la Ville de Tunis à la fin des années soixante, il tissera depuis une toile de lumière qui le mènera à plusieurs distinctions tout au long d'une carrière aux inspirations toujours renouvelées. À travers le monde, l'œuvre de Hassen Soufy sera saluée pour sa singularité et aussi ses convergences fertiles avec les courants modernistes.
Au-delà des recherches formelles sur la couleur philosophale et les nuances infinies des reflets d'un rai de lumière, Hassen Soufy a toujours cultivé une attachante prédilection pour les exercices de style. Ses natures mortes et ses paysages marins en témoignent avec éloquence. À les observer, l'on ressent la joie du peintre en son jardin secret et aussi cette jubilation qui s'empare de vous lorsque sont saisis dans leur fragile perfection, les accords fugaces entre lumière et couleur.
On imagine Hassen Soufy scrutant la mer à Kélibia, s'émerveillant face à la fluidité de l'onde et son éclat. On l'imagine ensuite dans l'intimité de son atelier, recherchant patiemment une nuance, esquissant lentement une nouvelle œuvre et capturant l'essence même de la lumière, provisoirement apprivoisée sur son canevas. Hassen Soufy vécut ainsi, au plus profond de son âme et au plus proche de son art. Avec sa disparition, le 26 mars 2026, c'est le dernier des géants d'une époque foisonnante qui nous quitte, l'enfant prodigue de l'aventure artistique des dernières décennies.
Artiste essentiel, témoin tout aussi précieux, il a rejoint le Panthéon de nos grands créateurs et ouvert les portes de la postérité. Car, assurément, Hassen Soufy demeurera dans nos mémoires, notre héritage culturel et notre histoire artistique.